Intervenante A.C.C.E.S.

Maïa Wagner fait partie des lectrices intervenant pour A.C.C.E.S. sur le terrain. Séances d'animations-lecture, formations nationales ou in situ, participation aux séminaires A.C.C.E.S., tournées du camion "Livres en balade". Maïa est notamment missionnée pour les actions lecture à la la maison d'arrêt pour femmes de Fleury Mérogis où elle anime des séances de lecture pour les mamans et leurs bébés, en nursery, avec l'association "Lire C'est Vivre".

4 questions à Maïa Wagner

 

1. Quel album vous a le plus marqué enfant ?

L’album souvenir qui me revient en mémoire est :  » les 7 histoires de souris  » d’ Arnold Lobel, la première et la dernière histoire étaient mes préférées. Je me souviens les avoir lues seule quand j’apprenais à lire. Plus petite, j’ai des souvenirs de chansons, comptines et jeux de doigts que je chantais pour mes petites sœurs ou pour moi. Aujourd’hui encore je me régale de « dame tartine »,  « la souris verte » et autres bateaux sur l’eau…

 

2.  Votre rencontre avec A.C.C.E.S. ?

Il y a plus de 12 ans maintenant je suis devenue lectrice pour l’association « LIRE à Paris » et pour compléter ma formation initiale, j’ai assisté au séminaires d’ A.C.C.E.S. à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Par la suite j’ai travaillé avec plusieurs bibliothécaires qui étaient investies dans l’association A.C.C.E.S.. Lorsqu’un observatoire A.C.C.E.S. s’est installé dans le 20ème arrondissement de Paris, je m’y suis inscrite, le 20ème étant un des arrondissements ou je travaillais comme lectrice dans les P.M.I., centres sociaux et en partenariat avec les bibliothèques du quartier. Cela m’a beaucoup appris et m’a permis d’accompagner chaque bébé, chaque famille dans son « aventure-lecture », avec justesse.

 

3. Faire A.C.C.E.S., c’est quoi ?

Il s’agit d’une invitation à un voyage, une aventure aux pays du récit pour chaque jeune enfant rencontré sur le terrain,  en le laissant choisir ces lectures sans présupposés, sans jugement. Le jeune lecteur est libre de construire comme il le souhaite son propre chemin de lecture, de lecteur. Nous sommes là pour l’accompagner sur ce chemin, lui apporter de quoi construire au mieux ce chemin tout en respectant ses plans de construction. Ils n’appartiennent qu’a lui.

Reprenant la phrase de Marie Bonnafé, « la lecture c’est bon pour les bébés », je parle souvent de séances de lecture comme d’un « buffet de lectures à volonté » ou nous invitons chaque enfant. Les uns vont goûter à tout, d’autres resteront proche du saladier de friandises les plus sucrées et d’autres encore goûteront du bout des lèvres tous ces mets savoureux que sont les albums jeunesse. A chacun ses appétits ! C’est aussi l’idée d’un partage de cultures, prenant en compte les cultures familiales, régionales… Il s’agit faire une place à chaque « petit bout de culture » sur notre grand buffet de séance de lecture, afin que les appétits de chacun soient satisfaits et repus des délices que nous offre la littérature jeunesse.

 

4. Une belle expérience à partager ?

 

maia wagner adulteLire des livres à des bébés en étant à l’écoute de leurs choix et des désirs de chacun des lecteurs est un numéro d’équilibriste. Si les livres de qualité, l’expérience et les connaissances sur le développement du jeune enfant soutiennent notre action, il n’en reste pas moins que nous marchons sur un fil (qui n’est pas bien haut, une trentaine de centimètres du sol, n’ayez crainte!).

Disponible pour ajuster la lecture et accompagner le jeune lecteur au mieux sur son chemin de lecteur, comme un funambule avance pas à pas, nous avons le plaisir de voir sous nos yeux des chemins de lecteurs tous aussi diverses que variés. J’ai eu l’occasion d’entendre des sommes de réflexions d’enfants et mots d’enfance, prononcé par des jeunes lecteurs qui partagent avec l’adulte accompagnant ce moment de lecture privilégiée. En faire la liste serait réducteur car toutes les expériences sont denses et enrichissantes.

Il en est une qui m’a profondément marquée, c’est la tournée avec le camion A.C.C.E.S. « Livres en Balade ».

Aller en camion proposer des livres et des moments de lectures et s’installer au pied des immeubles, sur les places ou les jardins publics, la proposition est surprenante pour certaines familles mais aussi plus accessible car nous sommes dehors, en plein air.  Chacun va et vient selon ses envies. Plusieurs familles m’ont montré combien le camion répondait à leurs besoins ; certains lecteurs (enfants et parents) ,très intimidés s’assoient discrètement sur les tapis installés devant le camion, d’autres montent la marche du camion et s’installent à l’abri des regards pour lire. Les enfants grimpent et descendent la marche, sortent et entrent dans le camion, expérimentent l’intérieur et l’extérieur, déplaçant des livres du dehors ou dedans, demandant plusieurs lectures du même album dans le camion et sur les tapis…

Une fois ou nous étions installés avec une bibliothécaire proche d’une épicerie sociale, nous avons été surprises par un orage d’été. Dans la précipitation, les livres du dehors ont été portés rapidement dans l’épicerie sociale par plusieurs lecteurs pendant que d’autres retrouvaient leur place dans le camion. La bibliothécaire a continué la séance dans le centre social, recréant avec l’aide de tous, un espace ressemblant à ce qui était installé dehors, avant la pluie. Pour ma part, je suis restée dans le camion à l’abri avec plusieurs enfants. Il m’a fallu quelques minutes pour trouver de la place pour chacun, une dizaine d’enfants de 1 à 10 ans et une maman étaient à l’intérieur. L’intensité de la pluie nous a obligé à fermer la porte coulissante. Quand j’ai allumé la lumière intérieure, les enfants se sont extasiés ! Il régnait une ambiance de fête improvisée. Les plus grands on repris leur lecture seuls, et les plus jeunes se sont installés entre eux ou en écoutant une histoire lu par la maman présente ou moi même. Je me souviens des regards échangés avec la maman qui, timidement, s’était installé dans le camion en début de séance pour lire à son enfant.  A présent, nous étions toutes les deux dans un même bateau, recevant les joies et les mots d’enfants avec amusement. Lorsque la pluie s’est calmée je me suis approchée de la porte coulissante pour ouvrir et une petite fille a objecté m’expliquant qu’il pleuvait encore, je lui ai répondu que la pluie était beaucoup moins forte et que l’on commençait à avoir un peu chaud,tous, dans ce camion, mais qu’ une fois la porte ouverte, on pouvait rester à l’intérieur, à l’abri.

Elle a hoché la tête et dit à une autre petite fille avec qui elle avait lu « c’était bien avec la grosse pluie ». La séance s’est fini sous le soleil, la maman est restée avec moi, réinstallant quelques tabourets et caisse de livres dehors et nous avons pu échanger sur les enfants, les livres, la bibliothèque. Au moment de ranger, la même petite fille est venue me voir en me disant  » est ce que tu vas revenir quand il va pleuvoir ? « , je revenais la semaine prochaine, « rdv fut pris » mais pas avec la pluie… La séance suivante fut si fluide que j’eus l’impression d’être déjà venue de nombreuses fois, d’être un peu chez moi. Les jeunes lecteurs semblaient tout aussi à l’aise, accueillant les enfants qui n’avaient pas encore visité le camion, ils étaient chez eux dans ce monde des récits. Comme un discret passeur, je pouvais m’effacer, leur chemin de lecteur se construisait en confiance selon leurs besoins et leurs souhaits.